Les revers du culte de la performance

Depuis très longtemps, le travail structure le temps des hommes en leur procurant une activité contractuelle. Jusqu’à une époque très récente, les salariés étaient embauchés pour accomplir les tâches pour lesquelles ils avaient été recrutés.

Depuis le début 1980, on observe un déplacement concernant la finalité du travail. Alors que jusqu’à présent, on attendait d’un salarié qu’il réalise simplement ce qu’on lui avait demandé de faire, on attend désormais de lui qu’il réalise parfaitement son travail. Obéir ne suffit plus, le salarié doit désormais construire sa réussite sur l’excellence, et ce dans tous les domaines de sa vie professionnelle : savoir communiquer, rester motivé en toute occasion, obtenir continuellement les meilleurs résultats, être organisé et autonome dans son travail, savoir négocier, etc.

Cette idéologie de la performance s’insinue jusque dans la manière de gérer nos propres carrières, ou de simplement de trouver un emploi. C’est ainsi qu’est apparu au début des années 1980 le concept de « personal branding » qui repose sur l’idée qu’un salarié se promeut une marque !

Qu’est-ce que le culte de la performance ?

Le culte de la performance prend ses racines dans la compétition sportive. L’enjeu de ces compétitions n’est plus de participer, ou de faire quelque chose, mais bien d’être le premier. Il n’y aura jamais qu’un seul vainqueur.

La transposition du modèle de la compétition sportive à l’univers professionnel induit plusieurs dérives :

  • Désormais le but ultime d’une entreprise n’est plus seulement de gagner de l’argent, mais d’être la meilleure.
  • L’entreprise ne peut plus se contenter de tenir sa place, elle doit désormais donner le meilleur d’elle-même.
  • Les salariés de cette entreprise performante sont donc condamnés à réussir, ou à être exclus.

Le revers de ce modèle est que le travail n’est plus perçu comme un objet de satisfaction. Il ne suffit plus d’accomplir son travail ou d’avoir de bons résultats, mais d’atteindre des objectifs toujours plus hauts. Ce qui est extrêmement fragilisant à la fois pour les personnes et pour les organisations.

De la performance à la dépression

Dans une société qui propose comme idéal d’être le meilleur ce joue une compétition malsaine génératrice d’une angoisse de ne pas être à la hauteur.

La contrainte qui pèse sur les joueurs de cette compétition est une obligation de dépassement de soi continuelle. Or, la psychologie moderne a démontré que cette obligation de résultat conduit à l’anxiété de performance.

L’anxiété de performance c’est tout simplement la peur de l’échec. Elle se manifeste principalement par une crainte de tout ce qui ressemble à une évaluation ou à un jugement. Elle provoque un stress aigu qui peut se traduire de plusieurs façons : stress élevé face aux différentes formes d’évaluation, crises d’angoisse avant ou durant les évaluations, perfectionnisme exagéré, crise de panique et même troubles psychosomatiques.

Elle contient aussi une double contrainte qui condamne celui qui s’y soumet à l’échec permanent. Ce phénomène est bien connu des sexologues qui accompagnent des couples dans lesquels le désir de performances sexuelles finit par générer une anxiété est un stress tel que l’échec est assuré.

Dans les cas les plus graves, cette pression interne conduit l’individu à la dépression, voire au suicide.

Conclusion

Nous avons besoin, en tant qu’êtres humains, de challenges pour avancer et progresser. Par contre, nous avons également besoin du droit à l’erreur et de la permission d’être dans la norme.

Il ne pourra jamais y avoir en effet qu’un seul et unique gagnant dans une compétition. De manière générale la compétition est malsaine, à l’exception des compétitions sportives, parce qu’elles présentent les garanties suivantes :

  • Limitation de la compétition dans le temps,
  • Organisation de la compétition par niveau.
  • Règlent du jeu connu à l’avance,
  • sanction en cas de non-respect des règles également connues à l’avance.

Dans l’univers professionnel ce condamné à la réussite obligatoire n’est-il pas le meilleur moyen de se condamner à l’échec ?

Pierre COCHETEUX, partenaire de votre bien-être travail.

Réagissez à cet article en publiant ci-dessous un commentaire.