Article 23 – l’interview

Pierre COCHETEUX : Pourquoi ce film ?

Jean Pierre DELEPINE :  Alors en 2010 lorsque j’étais dans ma voiture pour aller au travail comme tout à chacun, puisque vous savez que je suis salarié d’une entreprise, et que le cinéma était pour moi une façon de pouvoir crier ma colère, notamment quand j’ai pu entendre à la radio qu’on en était au 75e suicide chez France Telecom et que de part les remarques que j’ai pu entendre, de Mme France Pariso et du Medef qui disaient «  Il n’est pas prouvé que ces gens de France Télécom aient des problèmes au travail, ils avaient peut être des problèmes à la maison », ou quand j’ai entendu Mr Xavier Bertrand nous dire : « Vous savez il y a le stress au travail, mais il y a aussi le stress au chômage », je me suis dit que la coupe était un peu pleine et qu’il fallait que l’on arrête de se foutre de nous . J’ai décidé de faire ce film comme un coup de gueule, que j’ai décidé d’appeler Article 23 en faisant référence au 23éme article des droits de l’homme qui prévoit que l’on a le droit de travailler dans des conditions équitables, pour un salaire équitable, permettant de pouvoir mener à bien son existence dans la décence économique, avec toute sa famille. Je crois qu’aujourd’hui on peut demander à beaucoup de gens, notamment aux familles des victimes de France Telecom, la Poste, Renault, j’en passe et des meilleurs, qui elles pensent que le traitement n’a pas été, légèrement, tout à fait équitable, donc sur ce point j’avais envie de faire ce film, notamment pour dénoncer toutes les dérives du monde du recrutement qui aujourd’hui exclut toute une partie de la population de l’accès à l’emploi.

Pierre COCHETEUX : Merci, pensez vous qu’il est possible, lorsque l’on a été victime d’un problème de harcèlement au travail, de retrouver un équilibre de vie et de s’en sortir ?

Jean Pierre DELEPINE : Je dirais que oui, je pense qu’ il est tout à fait possible…  Alors ça dépend à quel moment on le traite, à quel moment on se fait aider, en tout cas ce qui est sur, c’est que de rester seul avec ce problème ne peut pas être une solution… Aujourd’hui il existe beaucoup d’associations, de syndicats, de médecins du travail ou de simples citoyens qui ont envie d’aider les autres, et je pense qu’il ne faut jamais rester seul… l’union fait la force, ce dicton tout le monde le connaît et je pense que dans ce cas précis, que cela soit du harcèlement, de la souffrance au travail ou du burn-out, le meilleur moyen de pouvoir s’en sortir c’est de commencer très tôt à en parler, de se faire entourer et de chercher de l’aide afin de pouvoir trouver des solutions que l’on n’aura pas l’occasion de pouvoir trouver quand on est dans le problème. Je pense que la solution vient des autres.

Pierre COCHETEUX : effectivement, cela répond à la question suivante qui était : « quel conseil pouvez vous donner aux personnes qui sont victimes de harcèlement ? »

Jean Pierre DELEPINE : Alors, je vais quand même ajouter une petite chose c’est qu’il est sûr que lorsque l’on est victime de harcèlement, on passe par pas mal d’étapes, mais il ne faut pas penser que l’on est le problème. On n’est pas le problème. Le problème on vous l’a … Euh… inculqué, et c’est surtout cela qu’il faut comprendre, il ne faut pas se sentir une victime. Moi j’aurais plutôt tendance à dire que la meilleure thérapie concernant ces problèmes de harcèlement, ces problèmes de souffrance au travail, c’est de ne pas se laisser faire, de ne pas se laisser marcher sur les pieds , et de combattre avec la plus grande fermeté, parce que si vous ne faites rien, le risque de ne plus jamais pouvoir cicatriser existe fortement. Je ne pousse pas non plus à la violence, ce n’est pas mon propos, mais le militantisme permet d’aider à son tour les autres, et il peut être aussi une piste de guérison. Je pense que se faire aider et aider les autres, c’est la plus grande leçon que l’on peut avoir de la vie.

Pierre COCHETEUX : Ok, pour finir sur une touche un peu plus positive, quel est votre meilleur souvenir du tournage de ce film ?

Jean Pierre DELEPINE : Alors j’ ai beaucoup de très bons souvenirs, mais je pense qu’au niveau du tournage, le meilleur souvenir que je peux avoir c’est surtout la foi que j’ai trouvé chez mes comédiens, que je remercierai toujours,  cette envie de faire le film dans des conditions spartiates, dans des conditions, euh, extrêmement limites, sous la pluie, dans le froid, sans avoir de loges et de toujours avoir cette envie de faire le film pour qu’on laisse une trace de notre passage dans l’humanité. Je pense que je dois leur rendre vraiment hommage, car ils ont été formidables, mes comédiens ont été formidables, ils ont été sensationnels et c’est surtout grâce à eux que j’ai pu faire ce film, parce que encore une fois, les conditions ont été vraiment difficiles.

Pierre COCHETEUX : merci bien

Jean Pierre DELEPINE : merci à vous, à très bientôt.

Propos recueillis par Pierre COCHETEUX, pour le blog http://vaincre-les-risques-psychosociaux.fr. Tous droits réservés. @Copyright VRPS 2013.

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